vignette|Reconstruite dans les années 1990, l'ambassade japonaise de la rue d'Hiroshima à Berlin, à l'origine construite de 1938 à 1942 est, par conséquent, un symbole des relations entre l'Allemagne et le Japon. vignette|Ambassade d'Allemagne au Japon. Après leurs premiers contacts connus remontant au , et traditionnellement amicaux, quoique parfois instables, les relations entre l'Allemagne et le Japon débutèrent en 1860 avec la première visite ambassadoriale du Japon en Prusse, une des nations cofondatrices de l'Empire allemand en 1871. Après une période d'intenses échanges d'étudiants à la fin du , les politiques impérialistes du Japon et de l'Allemagne causèrent un refroidissement des relations à cause d'aspirations hégémoniques contradictoires, situation qui atteignit son paroxysme quand les deux États furent ennemis pendant la Première Guerre mondiale.
Dans les années 1930, les deux pays développèrent de nouveau des intérêts mutuels ainsi que des positions anti-démocratiques et expansionnistes, débouchant sur un rapprochement et, finalement, une alliance politique et militaire durant la Seconde Guerre mondiale. Cet « Axe Berlin-Tokyo » fut, cependant, une simple amitié de convenance limitée par la grande distance géographique entre l'Asie orientale et l'Europe. La majorité du temps, le Japon et l'Allemagne ont combattu séparément, et ils se sont rendus séparément.
Après la Seconde Guerre mondiale, les économies des deux nations se sont rapidement rétablies et des relations bilatérales, aujourd'hui centrées sur les questions économiques, ont vite été rétablies. À l'heure actuelle, le Japon et l'Allemagne sont respectivement les troisièmes et quatrièmes plus grandes économies au monde (après les États-Unis et la Chine), et coopèrent grandement dans les domaines politique, universitaire, scientifique et économique.
Tableau de comparaison entre les deux pays
Allemagne Japon Population Superficie Densité de population Capitale Berlin Tokyo Plus grande ville Berlin – habitants (agglomération de ) Tokyo – habitants (agglomération de ) Gouvernement République parlementaire fédérale Monarchie constitutionnelle parlementaire unitaire Langues officielles Allemand (de facto et de jure) Japonais (de facto) Religions principales 58% christianisme, 37% sans religion, 4% islam, 1% autresReligionszugehörigkeit, Deutschland, fowid.de (en allemand) 83,9% shintoïsme, 7,14% bouddhisme, 2% christianisme, 7,8% autres Groupes ethniques 80% Allemandshttps://www.destatis.de/DE/Publikationen/Thematisch/Bevoelkerung/MigrationIntegration/Migrationshintergrund2010220107004.pdf?__blob=publicationFile, page 64 detailed estimateshttps://www.destatis.de/DE/PresseService/Presse/Pressemitteilungen/2010/01/PD10_033_122.html, Germans without any migrant background..., 3,7% Turcs, 16,3% autres Européens en majorité 98,5% Japonais, 0,5% Coréens, 0,4% , 0,6% autres PIB (nominal) billion $ (par habitant : ) billion $ (par habitant : ) Populations expatriées personnes nées en Allemagne et vivants au Japon personnes nées au Japon et vivants en Allemagne Dépenses militaires 46,7 billion $SIPRI Yearbook 2012 – 15 countries with the highest military expenditure in 2011 59,3 billion $
Premiers contacts et fin de l'isolement japonais (avant 1871)
vignette|gauche|Philipp Franz von Siebold avait l'autorisation de voyager librement dans l'ensemble du Japon pendant les années 1820, contribuant considérablement à la perception par l'Europe de celui-ci. Les relations entre le Japon et l'Allemagne remontent au Shogunat Tokugawa (1603-1868), lorsque des Allemands au service des Néerlandais vinrent au Japon pour travailler pour la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC). Les premiers cas connus sont ceux des médecins Engelbert Kaempfer (1651-1716) et Philipp Franz von Siebold (1796-1866) pendant les années 1690 et 1820 respectivement. Von Siebold avait l'autorisation de voyager librement dans l'ensemble du Japon, malgré la politique d'isolement appliquée par le Shogunat à partir des années 1630. Siebold écrivit Nippon, Archiv zur Beschreibung von Japan (Nippon, Archives pour la Description du Japon), une des sources d'information les plus précieuses sur le Japon jusqu'au Eberhard Friese: Philipp Franz von Siebold als früher Exponent der Ostasienwissenschaften. = Berliner Beiträge zur sozial- und wirtschaftswissenschaftlichen Japan-Forschung Bd. 15. Bochum 1983 ; depuis 1979, ses travaux sont célébrés par une récompense allemande nommée en son honneur, le Philipp Franz von Siebold-Preis, et décernée chaque année à un scientifique japonais.
En 1854, le Japon fut poussé à signer la Convention de Kanagawa par les États-Unis. L'isolement du Japon prit ainsi fin, mais ce fut considéré comme un « traité inégal » par le peuple japonaisBert Edström, Bert. (2000). The Japanese and Europe: Images and Perceptions, ., étant donné que les États-Unis n'avaient pas les mêmes concessions à faire que le Japon pour des privilèges supérieurs. Dans beaucoup de cas, le Japon fut effectivement forcé par un système d'extraterritorialité qui prévoyait la soumission des résidents étrangers aux lois de leurs propres tribunaux consulaires au lieu du système de lois japonais. Les ports s'ouvrirent au commerce, et plus tard même les missionnaires chrétiens purent entrer dans le pays. Peu après la fin de l'isolement du Japon, pendant la période appelée Bakumatsu (幕末, « Fin du Shogunat »), arrivèrent les premiers commerçants allemands. En 1860, le comte Friedrich Albrecht zu Eulenburg mena l'expédition Eulenburg au Japon au service de la Prusse, un des principaux États de la Confédération germanique à cette époque. Après quatre mois de négociations, un autre « traité inégal », officiellement consacré à l'amitié et au commerce, fut signé en entre la Prusse et le JaponLouis M. Cullen. A history of Japan 1582–1941: internal and external worlds (2003 ed.). Cambridge University Press. .
Bien que considérée comme une des nombreuses négociations injustes alors imposées au Japon, l'Expédition Eulenburg, avec les conséquences à court et long termes du traité d'amitié et de commerce, est aujourd'hui célébrée comme le début des relations officielles entre l'Allemagne et le Japon. Pour célébrer le , des cérémonies furent organisées en Allemagne et au Japon d'automne 2010 à automne 2011 dans l'espoir « d'« entretenir les trésors de notre passé commun » afin de construire un pont vers l'avenirGernman Consulate General Osaka-Kobe: 150 Years Germany-Japan: Friendship with Future ».
Mission diplomatique japonaise en Prusse En 1863, deux ans après l'expédition Eulenburg à Tokyo, une légation du Shogunat arriva à la cour du Roi de Prusse Guillaume et fut reçue par une cérémonie grandiose à Berlin. En outre, juste après la signature du traité, Max von Brandt devint le représentant diplomatique au Japon – le premier de Prusse, puis, en 1866, de la confédération d'Allemagne du Nord et par la suite, en 1871, du nouvel Empire allemandMasako Hiyama: „Max von Brandt (1835–1920)“. In: Brückenbauer. Pioniere des japanisch-deutschen Kulturaustausches. iudicium, Berlin 2005. .
En 1868, le Shogunat Tokugawa fut renversé et l'empire du Japon de l'empereur Meiji fut établi. Après ce retour du pouvoir à la dynastie Tennō, le Japon exigea une révocation des « traités inégaux » avec les puissances occidentales et une guerre civile suivit. Durant ce conflit, le marchand d'armes allemand Henry Schnell conseilla et fournit des armes au daimyō de Nagaoka, un seigneur de guerre fidèle au ShogunatAdachi Yoshio 阿達義雄. Kaishō Suneru to Boshin Niigata kōbōsen 怪商スネルと戊辰新潟攻防戦. Niigata: Toyano Shuppan 鳥屋野出版, 1985.. Un an plus tard, la guerre se termina sur la défaite des Tokugawa et la renégociation des « traités inégauxKeene, Donald (2005). Emperor of Japan: Meiji and His World, 1852–1912. Columbia. ; ».
Modernisation du Japon et échanges d'étudiants (1871 à 1885)
vignette|140px|gauche|Le ministre japonais Hirobumi Itō a étudié les Constitutions européennes à Berlin et à Vienne en 1882 dans le cadre d'un accord entre l'Allemagne et le Japon. Au début de l'ère Meiji (1868-1912), beaucoup d'Allemands vinrent travailler au Japon comme conseillers du nouveau gouvernement, ou « Oyatoi gaikokujin » (お雇い外国人, « étrangers engagés ») et contribuèrent à la modernisation du Japon, particulièrement dans les domaines de la médecine (Leopold Mueller, 1824-1894 ; Julius Scriba, 1848-1905 ; Erwin Bälz, 1849-1913), du droit (K.F. Hermann Roesler, 1834-1894 ; Albert Mosse, 1846-1925) et militaire (K.W. Jacob Meckel, 1842-1906). Meckel avait été invité par le gouvernement japonais en 1885 pour devenir conseiller de l'État-major du Japon et professeur à l'Académie militaire. Il passa trois ans au Japon, fréquentant des personnes influentes comme Tarō Katsura et Kawakami Sōroku, et contribuant de ce fait de façon décisive à la modernisation de l'armée impériale japonaise. Meckel était très admiré par certains Japonais, qui, après sa mort, érigèrent une statue en bronze à son effigie devant son ancienne académie militaire à Tokyo, statue qui fut, cependant, enlevée en 1945 après la Seconde Guerre mondialeGeorg Kerst: Jacob Meckel. Sein Leben, sein Wirken in Deutschland und Japan. Musterschmidt, Göttingen 1970Welch, Claude Emerson. (1976). Civilian Control of the Military: Theory and Cases from Developing Countries. Albany: SUNY Press. , . De façon générale, l'armée impériale japonaise orienta son organisation sur le modèle prusso-allemand afin de fonder une armée moderne durant les années 1880. Le modèle français finit par le supplanter vers la fin du Shogunat, mais le premier gouvernement de Meiji a été graduellement remplacé par le modèle prussien par Tarō Katsura, Maresuke Nogi, et d'autres dirigeantsLone, Stewart (2000). Army, Empire, and Politics in Meiji Japan: The Three Careers of General Katsura Taro. Palgrave Macmillan. .